Déchiffrer les marques de porcelaine de paris : guide pour reconnaître les manufactures historiques

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Paris a été le berceau des potiers dès l’ère médiévale. Au fil des XVIIe et XVIIIe siècles, cette industrie prospère s’est distinguée par une documentation abondante. Bien que moins célèbres que leurs voisines prestigieuses telles Chantilly ou Sèvres, les manufactures de la capitale ont tout de même grandement contribué au secteur, laissant derrière elles un héritage souvent exposé dans les ventes d’art actuelles. En effet, bien qu’on en parle moins, ces ateliers ont marqué de leur empreinte le paysage artistique parisien et continuent d’intriguer collectionneurs et amateurs d’art avec leurs créations.

L’élaboration du comté d’Artois de 1771 à 1828

Les éléments de la table

Au cœur de Paris, proche des lieux animés du Saint-Denis ou du Saint-Lazare, une manufacture de renom dédiée à la porcelaine vit le jour en 1771. Fondé par Pierre-Antoine Hannong, un artisan expérimenté originaire de Strasbourg et ancien directeur de Vincennes, l’établissement connut divers changements de direction avant d’être acquis par Schœlcher en 1800.

Les pièces sortant de cette fabrique avaient pour caractéristique leur pâte fine et translucide malgré une tendance à certains défauts comme des bulles ou une couverte imparfaite. Côté esthétique, on y retrouvait un éventail coloré où les fleurs étaient souvent mises à l’honneur.

Un broc datant de la fin du XVIIIe siècle illustre bien ce savoir-faire. Revêtu d’un décor multicolore et arborant la marque distinctive CP couronnée, cet objet fut proposé aux enchères avec une estimation entre 200 et 300 euros.

Quant aux marques distinctives liées à chaque période créative, elles variaient notablement : initialement deux crosses croisées accompagnées d’un H bleu suggéraient l’ère Hannong ; suivirent ensuite les lettres C et P entrelacées surmontées d’une couronne symbolisant l’époque sous le patronage du comte d’Artois ; tandis que sous Schœlcher, simplement sa signature apposée en rouge ou or ornait ces créations raffinées. Certaines pièces portaient même « Shœlcher et fils » inscrit en violet témoignant ainsi de la continuité familiale dans cet art délicat.

Les éléments de forme diversifiée

Au commencement de son activité, la fabrique de renom s’est distinguée par la production d’objets d’art délicats. On y trouvait des éléments décoratifs tels que des horloges, bustes et petits modèles sculpturaux réalisés en porcelaine non émaillée. D’une blancheur immaculée et au fini particulièrement soigné, ces créations étaient signées avec une marque distinctive propre à l’établissement : soit la mention complète de la manufacture gravée sous forme abrégée, ou bien les initiales dorées « C P » apposées sur chaque œuvre d’exception. Ces empreintes servaient d’authentification et reflétaient le prestige de cette période formatrice pour l’institution.

L’histoire de la manufacture située à Clignancourt de 1771 à 1798

Vers la fin du XVIIIe siècle, une manufacture de porcelaine voit le jour à Clignancourt, bénéficiant assez rapidement du soutien d’une figure royale, le comte de Provence. Les directeurs Déruelle et Moitte y présideront à la création de pièces d’excellente facture qui émuleront les créations de grande renommée de Sèvres par leur finesse et leur diversité chromatique.

Ces objets sont presque invariablement rehaussés d’or et arborent des motifs variés, dont des bouquets floraux ou des paysages bucoliques. Initialement marqués du symbole d’un moulin, ces chefs-d’œuvre céramiques comporteront ensuite diverses signatures en référence au mécénat princier. On associe souvent à cette période, outre les services de table courants, quelques vases et jardinières remarquables.

Parmi les trésors conservés dans nos institutions culturelles se trouve notamment une bouilloire en porcelaine datée de 1780. Elle est exposée au Musée des Arts Décoratifs à Paris, témoignant avec élégance du savoir-faire artisanal français sous l’Ancien Régime.

Les marques apposées sur ces porcelaines varient selon l’époque : initialement le signe distinctif du Moulin, puis plus tard divers symboles reflétant l’influence prestigieuse du comte de Provence avec entre autres les initiales L.S.X., ou encore la lettre B couronnée pour Bagnolet et la lettre M pour « Monsieur ». Sous Moitte s’ajoutent sa propre signature ainsi que celles combinant son nom à celui de Clignancourt. Ces empreintes historiques restent gravées non seulement dans la matière, mais aussi dans notre patrimoine culturel.

L’unique manufacture parisienne indépendante de la rue de la Fontaine-au-Roy (1771-1841)

Éléments de décoration pour la table

À la fin du XVIIIe siècle, Paris a vu s’établir une manufacture de porcelaine dure qui a rapidement gagné en prestige. Fondée par un disciple des artisans de Saxe, Locré de Roissy, elle a été reprise ensuite par Russinger en association avec Pouyat originaire de Limoges.

Cette fabrique se distingue par son indépendance vis-à-vis d’un protecteur influent jusqu’à l’année 1815 où elle est placée sous le patronage du duc de Berry. Cela lui confère le titre privilégié et renforce sa notoriété.

Le succès de cette manufacture repose sur la qualité exceptionnelle des porcelaines produites : blancheur éclatante, transparence remarquable et couleurs vives enchâssées dans une glaçure impeccable. Les motifs décoratifs varient entre nuances bleutées obtenues par une cuisson à haute température et compositions florales multicolores accentuées d’or.

Les pièces issues de cette production sont identifiables grâce à diverses marques distinctives gravées ou peintes. On reconnaît notamment les croisements caractéristiques de deux flambeaux bleus, souvent accompagnés des initiales A.B.D., ainsi que le nom “RUSSINGER” ou les initiales « L.» et « R.». Les collaborations ultérieures entre Russigner et Pouyat introduisent également des marquages au flambeau en bleu associés aux lettres P Y teintées en violet ou libellés tels que “Pouyat Russinger P R” colorés en rouge, sans oublier les inscriptions dorées mentionnant la manufacture chez Pouyat et fils.

Les éléments structuraux spécifiques

La manufacture renommée a non seulement produit des articles pour la table, mais s’est également distinguée par une grande variété de porcelaines non émaillées. Parmi celles-ci, on compte des vases et des urnes finement travaillés, ainsi que des médaillons artistiques, des ensembles sculpturaux et même des horloges sophistiquées. Ces créations se caractérisent par une excellente qualité d’exécution et arborent une teinte pure allant du blanc à un blanc légèrement grisé.

Chacune de ces œuvres porte fièrement l’empreinte distinctive de la manufacture : deux torches entrecroisées soulignées soit d’un monogramme représentant l’artiste ou le restaurateur, soit du nom emblématique de la fabrique inscrit avec l’année précise de création, tel que « LOCRET FECIT : ANNO 1774 ». Cette signature est gage d’authenticité et témoigne du riche héritage artisanal.

Porcelaines dédiées à la Reine (1775-1816)

Aux alentours de 1775, une manufacture notable a vu le jour dans la rue Thiroux : un établissement dédié à la porcelaine dont l’excellence a attiré l’attention de la royauté. La reine Marie-Antoinette elle-même apporta son soutien à cette entreprise, qui se distinguait par une marque spécifique : un « A » majestueux surmonté d’une couronne.

La gestion initiale fut assurée par Leboeuf avant que le relais ne soit pris par Guy et Housel jusqu’à l’aube des années 1820. Les produits issus de cet atelier parisien rivalisaient avec ceux provenant des fourneaux renommés de Sèvres en termes de qualité. Ils étaient appréciés pour leur esthétique délicate, ornées souvent de bleuets saupoudrés ou d’autres motifs floraux, ainsi que pour leurs scènes peintes minutieusement en médaillon.

Un ensemble remarquable: six assiettes issues de cette même manufacture ont été adjugées lors d’une vente chez Artcurial au prix surprenant et éloquent de 8 671 euros, bien au-delà des estimations initiales situées de 2 000 à 3 000 euros.

Quant aux marques distinctives utilisées pour authentifier ces créations précieuses, elles ont subi quelques modifications au fil du temps. Si un simple « A » caractérisait les premières pièces, celui-ci devint plus tard couronné. Après les bouleversements révolutionnaires post-1789, on assista à une diversification: les sigles « G.H.» accompagnés ou non du nom complet de la rue Thiroux s’affichèrent en rouge tandis que le nom “Houzel” apparaissait dorénavant encré en or.

Autour de ce sujet :

Pour identifier les porcelaines françaises, examinez leurs marques distinctives. Si l’on veut distinguer la porcelaine tendre de celle dure, l’observation des caractéristiques physiques est nécessaire. Concernant les signatures de porcelaine chinoise, il existe divers cachets et symboles historiquement reconnus qu’il convient de connaître pour authentifier ces œuvres antiques.

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